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Extraits de Yann Moncomble - LE POUVOIR DE LA DROGUE DANS LA POLITIQUE MONDIALE

le capitalisme de la drogue... 
de banques à banques

« Comment blanchir des narco-dollars ? » C’est ainsi que débute une remar-
quable étude parue dans Science et Vie Economie Magazine de novembre 1989, sous la 
signature de Mohsen Toumi. Nous la lui empruntons car c’est clair, net et précis.
« Le 18 septembre dernier, les représentants de quinze pays riches se sont réu-
nis à Paris pour renforcer la coordination internationale contre le « blanchiment » de 
l’argent de la drogue. Nos responsables politiques se sont en effet aperçus que la lutte 
portait surtout sur le trafic des produits eux-mêmes et très peu sur les circuits finan-
ciers. Et que, au-delà de la guerre contre les intermédiaires et les producteurs (comme 
en Colombie), il serait au moins aussi efficace de frapper les gros trafiquants au tiroir-
caisse.
« Il faut dire qu’il y a de quoi faire : l’ensemble du trafic de stupéfiants aurait 
généré, en 1988, 500 milliards de dollars. Soit l’équivalent du PIB de la France en 
1985 ! Ce chiffre repose bien entendu sur l’estimation du volume physique de drogue 
consommée. Et dans ce domaine on ne peut qu’extrapoler à partir des saisies effec-
tuées. Les autorités américaines et françaises estiment, dans le cas de l’héroïne, que 
ces saisies représentent tout juste 5 % de la production mondiale. Au total, l’an dernier, 
la consommation de feuilles (coca, marijuana, haschisch) aurait atteint 30 000 tonnes 
et celle de poudre (cocaïne et héroïne) 800 tonnes. En multipliant ces quantités par 
les prix de vente au détail pratiqués un peu partout dans le monde, on obtient des 
montants variant entre 300 et 500 milliards de dollars. M. Kendall, secrétaire général 
d’Interpol penche plutôt pour le second chiffre (1). Mais quel que soit leur montant, ces 
narco-dollars représentent une énorme masse d’argent liquide. Et c’est là que com-
mencent les problèmes pour tous ceux qui perçoivent la majeure partie de ce pactole. 
C’est-à-dire les transformateurs de produits-base, les transporteurs et les grossistes.
Le premier est tout bêtement un problème physique : comment stocker et trans-
porter une telle quantité de billets ? Il paraît difficile de se déplacer à longueur de jour-
née avec un fourgon blindé en guise de porte-feuille et, naturellement, il est suspect 
d’effectuer toute une série de transactions en liquide. D’ailleurs, dans de nombreux 
pays, au-delà d’un certain montant, les paiements en cash ne sont pas admis. Impos-
sible, par ailleurs, de déposer une valise entière de billets à la banque ; c’est la meil-
leure manière d’éveiller les soupçons, du moins dans les grands établissements qui ont 
pignon sur rue. Deuxième problème : cet argent, s’il reste liquide, ne rapporte rien. Il 
faut donc l’investir et le placer.
« D’où la nécessité de le « blanchir », c’est-à-dire à la fois de lui faire changer de 
nature (le transformer en monnaie scripturale), de lui donner une apparence respec-
table (en dissimuler l’origine délictueuse) et de l’utiliser de manière profitable (le trans-
former en actifs mobiliers ou immobiliers). L’Expression de « blanchiment » n’est pas 
récente : elle remonte à l’époque de la prohibition aux Etats-Unis, où les revenus des 
ventes d’alcool illicite, tous en billets de banque, étaient investis dans des blanchisseries 
de quartier, légalement inscrites au Registre du commerce. Le système était simple. À 
l’époque, il était tout à fait possible d’acheter une boutique en liquide. L’avantage était 
double : d’une part l’argent « sale » était investi dans un commerce légal, d’autre part, 
les clients payant tous en espèces, il était facile d’augmenter la recette normale de la 
semaine en y ajoutant les bénéfices provenant du trafic d’alcool. Le gérant portait le 
tout à sa banque qui n’y voyait que du feu.
« Aujourd’hui, il existe de nombreux et souvent meilleurs moyens pour blanchir 
les narco-dollars. Pour commencer, le vieux système de la « blanchisserie » du temps 
de la prohibition est encore utilisé. L’achat d’un commerce, dans lequel les clients 
paient en liquide, est une valeur sûre. Encore que, selon les spécialistes, il est difficile 
de faire la part dans ces investissements de ce qui provient de la drogue, ou d’autres 
formes de délinquance.
« Certains capitaux d’origine douteuse utilisent aussi le monde du show-business 
pour se refaire une virginité. Le procédé est apparemment très développé en Italie, en 
France et en Belgique. La « tournée triomphale » de la vedette (qui en réalité fait un 
bide partout) permet de mettre sur un compte en banque tout l’argent « sale » qui est 
présenté officiellement comme la recette des spectacles. De même, certaines sociétés 
créées dans des paradis fiscaux servent de relais pour recueillir les recettes de films 
diffusés dans de nombreux pays. S’il est impossible de vérifier le nombre exact de spec-
tateurs, il est facile en revanche de recycler ainsi de l’argent douteux.
« Plus sérieux, car portant sur des sommes nettement plus importantes, le sys-
tème du casino. Le principe est simple : on achète pour 500 000 dollars (par exemple) 
de jetons dans un casino. On ne joue à rien mais quelques heures plus tard on échange 
les plaques contre un chèque du casino, de même montant, que l’on va tout simple-
ment déposer sur son compte. Officiellement, il s’agira, en cas de contrôle, d’un gain 
au jeu. Le système fonctionne très bien dans sa variante internationale. Après avoir 
échangé un gros paquet de billets contre des jetons qu’on n’utilise pas, grâce à un 
simple télex on peut transférer la somme dans un casino américain ou moyen-orien-
tal appartenant à la même chaîne. Là on va prendre ses jetons, on ne joue toujours à 
rien et on va tranquillement les changer contre un chèque à la caisse en sortant. Rien 
à dire. Et l’argent est bel et bien blanchi. Même si ces méthodes permettent de traiter 
de gros montants, le blanchiment bancaire est, de loin, celle qui permet actuellement 
d’en recycler la majeure partie. Certaines affaires ont permis depuis quelques mois aux 
autorités internationales de se faire une idée assez précise sur les mécanismes mis en 
œuvre. Comme on va le voir, les trafiquants ont su largement exploiter la mondialisa-
tion des transferts de capitaux qui caractérise la finance moderne.
« Aéroport de Los Angeles, 27 novembre 1986. Craignant un attentat à la valise 
piégée, la police décide de faire sauter trois valises laissées dans un coin par leur pro-
priétaire. Elles se révèlent inoffensives : elles contiennent deux millions de dollars en 
petites coupures ! La police américaine a, sans le savoir, mis la main sur un transfert 
de narco-dollars. Partout dans le monde, des passeurs transportent l’argent liquide, en 
utilisant les mêmes chemins et les mêmes techniques que pour transporter la drogue. 
L’objectif est de pouvoir déposer cet argent dans une banque. Mais pas n’importe 
quelle banque : il faut un guichet complaisant pour accueillir les liasses suspectes. En 
réalité, il existe principalement deux catégories de banques susceptibles d’accepter 
de tels dépôts : les banques installées dans des paradis fiscaux, qu’elles soient ou non 
filiales de grandes banques internationales, et les banques suisses.
« Les places financières offshore que sont les Bahamas, Panama, les îles Vierges, 
les îles Caïmans, Chypre, etc., ne sont pas vraiment regardantes sur la nature et l’ori-
gine des fonds qui sont déposés à plein tombereau. Les autorités de ces petits Etats 
ont parfois permis aux banques de disposer de postes de débarquement spéciaux dans 
les aéroports, sans contrôles policier ou douanier contraignants. Aux îles Vierges bri-
tanniques, une filiale de la vénérable Barclay’s Bank a même installé un héliport privé. 
Dans tous ces endroits de la zone caraïbe, les trafiquants peuvent donc déposer tran-
quillement leurs liquidités en provenance directe de Colombie ou de Miami. À ces 
paradis fiscaux, il faudrait ajouter toute une série de places financières où le fait de 
déposer une valise entière de billets de banque n’étonne personne : toute l’Amérique 
centrale, certaines place du Moyen-Orient (le Souk El Manach à Koweit, le Liban), la 
Malaisie, l’île Maurice, Hong Kong...
« La Suisse, c’est bien connu, offre depuis longtemps une entrée libre et illimitée 
pour l’or et les devises de toutes provenances. Il se réalise chaque année en Suisse 65 
milliards de dollars de transactions diverses en billets, soit 8 % de l’ensemble de ces 
transactions dans le monde ! Et certaines affaires récentes ont mis en évidence le rôle 
particulièrement actif de quelques-unes des principales banques du pays dans le recy-
clage de narco-dollars : l’Union de banque suisse et le Crédit Suisse.
« Le système helvétique comporte deux phases. Dans un premier temps, les pas-
seurs déposent de grosses quantités de narco-dollars chez un intermédiaire qui peut 
être un avocat, un notaire ou un agent de change. En Suisse, ces professions ont la par-
ticularité de pouvoir fonctionner comme un établissement financier sans être soumis à 
la législation bancaire. Un passeur peut donc tout à fait légalement déposer une caisse 
entière de billets de banque dans le cabinet d’un avocat. Cette première opération cor-
respond à ce que les spécialistes appellent le « prélavage ». Dans un deuxième temps, 
après avoir perçu ses honoraires, cet avocat va déposer ces sommes dans des banques 
réputées, sans être obligé de révéler l’identité de son client_ L’argent ainsi déposé sur 
un compte numéroté, en vertu du fameux secret bancaire suisse, est bon pour le ser-
vice : on pourra effectuer des virements de compte à compte sur toute la surface du 
globe. La Suisse, outre ces facilités, est très prisée en raison de la qualité du service 
offert : les transferts peuvent se faire en quelques heures seulement.
« Mais pour justifier ces virements, encore faut-il pouvoir fournir des raisons 
honorables. Ces justifications constituent la seconde étape du blanchiment. Les tech-
niques utilisées sont toujours assez simples quant à leur principe mais complexes dans 
leur mise en œuvre : les virements sont multipliés d’un point à l’autre du globe au pro-
fit de multiples intermédiaires ou hommes de paille.
« Deux moyens principaux ont été découverts : les fausses factures et les prêts 
apparents. Dans le premier cas, il suffit qu’un gros bonnet de la drogue dispose d’une 
officine de complaisance, par exemple aux Etats-Unis. Celle-ci émet des factures pour 
une prestation de service fictive, et se fait rémunérer à partir d’un compte détenu par 
une société écran dans une banque, par exemple aux Bermudes. Ledit compte en 
banque étant alimenté en liquide comme on sait.
« Dans le second cas, notre gros bonnet désire investir dans l’immobilier de tou-
risme, par exemple sur la Côte d’Azur. Pour cela il va demander un prêt (comme tout 
le monde) dans une banque à Genève. Grâce à des complicités, le prêt accordé sera 
« garanti » par le montant du compte numéroté qu’il détient dans la même banque. Il 
s’en fera virer le montant sur son compte, dans une filiale de la banque helvétique en 
France. Le montant du prêt correspondra au montant du dépôt et les intérêts à payer 
correspondront aux intérêts perçus sur le compte numéroté, moins les commissions 
bien entendu. C’est comme cela notamment que la BCCI lavait les narco-dollars en 
provenance du cartel de Medellín.
« Cette fois, ça y est : l’argent de la drogue est blanchi, il est de nature bancaire et 
il a une origine légale. Dés lors il peut être investi dans des secteurs de l’économie (le 
« high tech » est, paraît-il, très prisé), placé dans des titres de père de famille (les bons 
du Trésor américain par exemple), voire utilisé dans des actions de raiders puisque les 
OPA ont besoin de fonds importants en peu de temps.
« Mais le blanchiment a également des conséquences plus qualitatives sur l’en-
semble des économies concernées. Pour recycler une telle masse d’argent, il faut des 
réseaux, des complicités, des protections.
« A Paris, dans un arrondissement chic, une société de communication, dont le 
siège social se trouve dans un paradis fiscal de la Méditerranée, fait des études pour 
le compte d’entreprises, édite des revues techniques et a une petite activité de publi-
cité. Une cinquantaine de personnes sont employées : économistes, journalistes, se-
crétaires, etc. Le loyer des locaux est réglé à 50 % en liquide et une bonne partie du 
personnel est rémunéré en petites coupures usagées (billets de 10, 20, 50 et 100 dol-
lars). Le même groupe possède d’autres officines aux activités similaires en Suisse, en 
Espagne, en Grande-Bretagne et en Italie. En un an, c’est environ 11 millions de dollars 
en liquide qui sont convertis en prestations de service et dépenses de fonctionnement. 
Cette activité a un double objectif : blanchir des narcodollars naturellement mais aussi 
« acheter » de l’influence.
« Les partis politiques n’ont rien à voir avec la drogue... mais dans tous les pays, 
ils ont besoin d’argent. Les grandes firmes internationales ne sont pas des trafiquants 
de cocaïne... mais elles ont parfois besoin d’intermédiaires et de services en tout genre 
pour exporter. Jusqu’où vont les responsabilités à l’intérieur des banques suisses que 
nous avons citées ? Chaque fois, c’est une branche, un échelon seulement de l’institu-
tion qui s’est révélé fautif. Mais ce système de corruption « mouille » l’ensemble. Du 
coup, ce sont les plus grands noms de la finance qui sont périodiquement mis en cause.
« Aux Etats-Unis, la First Bank of Boston, seizième banque du pays, s’est trouvée, 
en 1985, incapable de justifier des transactions avec l’étranger pour un montant de 12 
milliards de dollars ! Toujours en 1985, la respectable firme de courtage new-yorkaise 
Hutton a été directement accusée d’avoir blanchi 13,5 millions de dollars avec l’aide 
(encore) du Crédit Suisse.
« Dans une enquête sur l’argent de la drogue diffusée par Canal +, Jean-Pierre 
Mascardo a récemment mis en cause une bonne partie du gratin de la banque améri-
caine : Chase Manhattan, Irving Trust, Bank of America, etc. Le plus grand scandale 
narcobancaire de ces derniers mois est certainement celui de la BCCI (Bank of Com-
merce and Credit International).
« Cette banque n’est pas une petite officine miteuse d’un pays en voie de dé-
veloppement : domiciliée aux Luxembourg, elle compte 400 agences dans 73 pays et 
s’appuie sur 20 milliards de dollars de dépôts. L’affaire de la BCCI montre bien à la fois, 
les liens financiers entre les réseaux compromis de la banque et le monde bancaire of-
ficiel, la volonté de « mouiller » des hommes d’affaires connus, des hommes politiques 
en vue et même des organisations caritatives, comme celle de l’ancien président Car-
ter. Du coup, on ne sait plus qui est honnête et qui ne l’est pas, qui est complice et qui 
est naïf. Car, et c’est le dernier échelon, les narcodollars peuvent corrompre jusqu’aux 
Etats. Certes, l’Iran encourage ouvertement le trafic de drogue pour la « bonne cause ». 
Mais, même les Etats qui, officiellement, se disent prêts à combattre le fléau par tous 
les moyens, ont eux aussi leurs faiblesses. Notamment lorsque le trafic de la drogue 
rejoint le trafic des armes. Les spécialistes estiment que le trafic mondial des armes est 
au moins égal aux ventes officielles, soit 50 milliards de dollars par an.
« Il y a de nombreux conflits sur le globe (Afghanistan, Nicaragua, Liban, Iran-
Irak, etc.) où les parties en présence sont soutenues plus ou moins discrètement par 
les « grands » pays. Pour les aider, il faut leur fournir des armes. Mais pas au grand jour. 
Quelle aubaine pour les détenteurs de narcodollars en peine de recyclage ! D’un côté, 
celui de l’ombre, il faut acheter des armes discrètement (en contrebande ou auprès de 
marchands de canons ayant pignon sur rue) et les faire passer clandestinement. Tout 
ceci coûte cher mais les narco-dollars sont là. De l’autre, il faut pouvoir se faire payer 
le plus légalement du monde. Les fonds spéciaux de tous les gouvernements du monde 
sont là. Entre les deux, toute une série d’intermédiaires, de banques offshore, de cer-
tificats d’exportation bidon, de sociétés écrans. À cet égard, l’affaire de l’Irangate est 
exemplaire : un pays, les Etats-Unis, qui d’un côté lutte contre la drogue et de l’autre 
fournit discrètement des armes à l’Iran (producteur de drogue) avec la complicité de 
citoyens israëliens qui eux-mêmes entraînent les milices privées de trafiquants colom-
biens !
« On le voit, le blanchiment a plusieurs dimensions. Dès lors qu’au sein des mé-
canismes financiers internationaux se mêlent étroitement l’argent sain et l’argent sale, 
l’officiel et le clandestin, la logique des trafiquants et la raison d’Etat, il peut paraître 
dérisoire de vouloir coordonner la lutte internationale contre le blanchiment. Pour-
tant, il est vrai, à la base de tout l’engrenage, les différences de législation entre les pays 
constituent autant de failles exploitées par les trafiquants.
« Deux catégories de pays s’opposent : certains comme la France ont eu long-
temps un système de contrôle des changes, qui les a sûrement protégés contre les 
trafics importants, et une législation stricte contre les paiements en liquide. Mais par 
contre, les mesures législatives permettant de condamner le recyclage de l’argent sale 
sont soit inexistantes, soit récentes (loi du 31 décembre 1987 pour la France). D’autres
pays ont en revanche un arsenal juridique visant spécifiquement le blanchiment (l’Ita-
lie depuis 12 ans pour lutter contre la mafia et surtout les Etats-Unis). Mais d’un autre 
côté, ils sont très laxistes sur les transferts de fonds.
« Enfin, que faire face aux paradis fiscaux, si tolérants l’égard des narco-dollars 
mais aussi tellement accueillants pour de nombreuses et respectables sociétés fuyant 
les tracasseries administratives de leur pays d’origine ? »
Voyons maintenant ces affaires en détails.
Quand ils reçoivent le carton d’invitation très gentry leur annonçant le mariage 
de Robert L. Musella et de Kathleen Corrine Erickson, des relations d’affaires devenus 
des amis, Ian Howard, directeur de la Bank of Credit and Commerce International 
(B.C.C.I.) à Paris, et son assistant Sibte Hassan, n’hésitent pas, tout comme Syed Aftab 
Hussein, le manager de la B.C.C.I. à Panama, Akbar Ali Bilgrani, un des dirigeants de 
la division latino-américaine de la banque, en compagnie d’Amjad Awan, de Miami, ils 
sautent dans un avion via la Floride. À l’aéroport, ils sont attendus par des limousines 
noires à vitres fumées. Le lendemain, ils se retrouvent en compagnie de deux autres 
cadres de la B.C.C.I. de Miami.
Ils ne soupçonnent rien. C’est lorsque les portes de l’ascenseur s’ouvrent que le 
piège se referme définitivement. En quelques secondes, les cartons d’invitation sont 
alors prestement échangés contre une paire de menottes et un « Welcome to Tampa, 
you are under arrest ! » (Bienvenu Tampa, vous êtes en état d’arrestation !) Surprise 
totale : l’un des banquiers rigole même franchement en croyant à un raffinement co-
mique de la soirée, s’exclamant : « Formidable ! Que la fête commence... » On le com-
prend... quelques semaines plus tôt, on lui avait fait le même coup. Lors d’une soirée de 
rêve, une strip-teaseuse de choc lui avait déjà passé les menottes. C’était prémonitoire.
Ainsi se terminait un des épisodes les plus rocambolesques d’une enquête extraor-
dinaire menée aux Etats-Unis, en France, en Grande-Bretagne, au Luxembourg, en Suisse, 
en Amérique latine. Les autorités chargées de lutter contre les trafiquants de drogue in-
ternationaux avaient décidé de frapper un grand coup contre les institutions financières 
qui mettent leur expérience au service des criminels pour blanchir l’argent de la drogue.
Le lendemain, William Von Raab, patron des douanes américaines, présentait 
les résultats de la plus longue et la plus complexe enquête jamais réalisée sur le blan-
chiment de l’argent de la drogue, en ces termes : « Au cours des dernières soixante-
douze heures, nous avons réalisé notre premier raid financier, et donné au terme 
‘‘ OPA hostile’’ une nouvelle signification. » Quatre-vingt-deux inculpations et trente-
neuf arrestations opérées le 10 octobre 1989 par ses services, en collaboration avec les 
douanes françaises et anglaises, qui effectuaient des perquisitions aux sièges locaux de 
la B.C.C.I.
Comment en était-on arrivé là ? Simplement, si l’on puis dire. Un jour, les ser-
vices ont eu l’idée géniale — digne du feuilleton « Un flic dans la Mafia » — d’intro-
duire des agents dans les réseaux financiers, se prêter aux magouilles des banquiers de 
la drogue, leur proposer même des moyens de rendre leurs stratagèmes plus efficaces.
Pour préparer leur fausse cérémonie de mariage, Robert et Kathleen on passé 
plus de deux ans comme agents infiltrés dans les rouages américains du fameux car-
tel de Medellín. D’après les documents officiels de la justice américaine, la première 
rencontre des trafiquants avec les agents clandestins des Douanes, a lieu à Miami, le 
14 juillet 1986, Robert Musella et Kathleen Erickson, ont, à leur service, une société 
du nom de Financial Consulting basée à Port Richey, sur la côte ouest de la Floride, à 
quelques kilomètres au nord de Tampa. C’est par l’intermédiaire de celle-ci que Ga-
briel Jayme Mora, dit « Jimmy », sollicite leur aide afin d’ouvrir des comptes bancaires 
à Miami. Un mois plus tard, Gonzalo Mora Junior fait son apparition et leur remet 
16 400 dollars, à déposer sur l’un de ces comptes.
La confiance règne car Robert Musella n’a pas son pareil pour transformer 
d’énormes quantités d’argent liquide provenant des ventes de cocaïne en argent propre. 
Il ouvre de multiples comptes dans de nombreuses institutions financiers, multiplie les 
transferts de compte bancaire à compte bancaire, souscrit des emprunts au nom de 
sociétés écrans créées de toutes pièces et remboursées par d’autres sociétés écrans. 
Au bout du compte, il blanchira dit-on, pour monter son stratagème, 18 millions de 
dollars pour le compte des trafiquants colombiens.
Gabriel Jayme Mora est un client de grand calibre. Il récolte des fonds en Flo-
ride, à Los Angeles, à Houston, à Detroit, New York, Chicago et Philadelphie. Robert 
et Kathleen gagnent progressivement sa confiance et les sommes augmentent jusqu’à 
200 000 dollars, au printemps 1987. Mora présente alors à ses nouveaux amis Roberto 
Baez Alcaino, un gros fournisseur de drogue de Los Angeles surnommé « le Joaillier », 
dont la bijouterie de Los Angeles est utilisée comme couverture. Il sera arrêté à New 
York le 14 septembre 1988 au moment où il prenait livraison de plusieurs kilos de co-
caïne, cachés dans des boîtes d’anchois. Mora fait aussi la liaison pour John Dœ, alias 
Don Chepé, alias Arturo, alias Kiku, un autre blanchisseur de premier plan.
Le 11 février 1987, nos agents touchent au but en étant mis, pour la première 
fois, face à Ricardo Argudo, un Panaméen employé de la B.C.C.I. de Tampa. C’est un 
premier contact. Le 3 avril, Ricardo Argudo vient discuter avec Musella de l’utilisa-
tion de comptes ouverts dans des succursales étrangères de la B.C.C.I. « afin d’échap-
per à l’identification par les autorités de transactions financières effectuées pour les 
clients de la banque ». Progressivement, les versements confiés à Robert et Kathleen 
atteignent des sommets. Une remise atteindra 750 000 dollars en octobre 1987, une 
autre de 980 000 dollars en novembre. En janvier 1988, ce sont 1 500 000 dollars qui 
sont livrés.
Le 22 décembre 1987, Syed Aftab Hussein, un des responsables de la B.C.C.I. à 
Panama, téléphone à un agent des douanes, infiltrés dans le réseau à Tampa, pour lui 
recommander de prendre contact avec Amjad Awan, directeur adjoint de la division 
latino-américaine de la B.C.C.I., en poste à Miami. Awan est soupçonné d’avoir géré — 
pour le compte de Noriega — quelques 20 millions de dollars « sales » sur un compte 
de la B.C.C.I. L’avocat d’Awan essaya de disculper son client, affirmant que celui-ci a 
d’ailleurs accepté de coopérer pleinement avec la commission sénatoriale. « Faux, ré-
plique tranquillement Mark V. Jackowsky, assistant du procureur général de Floride à 
Tampa. Awan a même dit [la conversation est enregistrée] : si je coopère avec le Sénat, 
j’enterre la B.C.C.I. et je m’enterre moi-même. »

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